le métier de graphiste
A la demande de certains voici quelques conseils dont le but n'est pas de se la pèter grave, mais d'apporter quelques conseil à celles et ceux qui se demandent comment réussir à émerger en tant que graphiste free-lance dans ce monde de brutes.
Je vais donc vous faire part de mon expérience qui a connu des hauts et des bas.
Le statut :
Quand je me suis mis à mon compte il y a 10 ans, je me suis renseigné auprès de la maison des artistes et à la chambre des métiers. Mon but étant de travailler pour des entreprises mon choix s'est portée pour un statut d'artisan, en entreprise individuelle, en m'inscrivant à la chambre des métiers. La raison étant qu'avec ce statut je pouvais faire récupérer la TVA aux entreprises. Cela me semble un point essentiel. De plus via la chambre des métiers, c'est un mic-mac pas possible, le client doit remplir des formulaires pour reverser une part des cotisations.... Inutile de mettre des batons dans les roues à votre client final. En tout cas c'était ma façon de penser, et ça l'est encore. J'ai souvent eu et j'ai encore des clients qui me demandent : "-vous n'êtes pas à la maison des artistes ?"... "-non, je suis une entreprise et vous allez récupérer la TVA. Pas de paperasse..."......"- ouf ! merci !"
Par contre attention, le statut d'entreprise individuelle vous amène à cotiser beaucoup plus pour les organismes de retraite... et strictement aucun droit au niveau chômage. Le statut de "graphiste" n'existant pas à la chambre des métiers, on m'a inscrit dans la catégorie "peintre en lettre". Ca a peut-être changé depuis, mais j'ai jamais peint une seul lettre de ma vie !!!
Vendre :
Avant de trouver un local qui a pignon sur rue, je commençai par prendre un simple bureau dans une zone d'activité. Certes on peut travailler de chez soi, mais recevoir un client dans sa salle-à-manger avec les restes de pâtes du midi ... ça me semble peut crédible lorsqu'on veut développer un business de proximité. Je fis réaliser une plaquette avec des exemples de mes travaux + carte de visite et j'allai démarcher sur une journée en personne les responsables des quelques entreprises de la zone d'activité : Une trentaine au total avec l'argument suivant : "je suis proche de chez vous, contactez moi en cas de besoin..." Sur l'ensemble j'obtins 5 contrats intéressant, pas d'emblée, parfois ils vous rappellent 6 mois après, mais j'ai encore 2 de ces clients qui me sont restés fidèles jusqu'à aujourd'hui.
Ensuite je décidai de passer une annonce dans un journal gratuit : "Agence de communication spécialisée dans le print, recherche commercial free-lance. Rémunération motivante."... avec un logo, le truc sérieux quoi... j'eus plusieurs candidats, certains dépités de voir que j'étais tout seuls, d'autres dont l'incompétence se lisait sur leur visage, ...mais je décrochai la poule aux oeufs d'ors : Un commercial d'une cinquantaine d'année, avec une grosse expérience chez divers imprimeurs qui recherchait un graphiste pour ses maquettes. La chance était belle et bien au RDV car il ne travaillait pas des petites entreprises, mais des grosses, des administrations... Il me ramena des clients tels que : l'ONF (office national des forêts, mairies, assedics...). Il me demandait des devis sur des créas et en plus il se démerdait pour imprimer et livrer au client. Le gros problème c'est que mon business ne dépendait que de lui. Il fallait que je trouve une autre source de revenus pour le jour où il me claquerait dans les doigts...
Partant du principe que toute entreprise nouvelle devait s'inscrire à la chambre des métiers ou au registre des commerces, je décidai d'acheter ces listes d'entreprises nouvellement inscrites. Je les recevais par courrier et j'envoyais chaque lundi un courrier personnalisé à chaque entreprise avec ma plaquette 3 volets, ma carte de visite, et un courrier d'accompagnement. J'avais fait un courrier type pour les restaurants, les plombiers, ..... Cette démarche me rapporta 2 ou 3 nouveaux clients chaque mois environ pour une centaine de lettres envoyées mensuellement.
Ensuite je décidai d'aller dénicher des enseignistes qui travaillaient en solo où en équipe réduite. Bref qui n'ont pas de graphistes très compétents. Je sympathisai avec "pano boutique" à Reims qui travaillait seul dans la découpe vynil. A l'époque il n'avait même pas d'impression numérique, juste de la découpe de lettre. Il réalisait des décos voitures, des enseignes. Je lui demandai si il était prêt à me faire un prix revendeur, ce qu'il fit.
je me retrouvai donc à élargir la palette de mes services. Si un nouveau boulanger ouvrait ses porte, je lui proposait la création de son logo, de son enseigne et la pose. pano boutique s'occupait de la fabrication et de la pose, c'est moi qui facturait et je faisait un bénéfice sur l'ensemble. Je négociai que sur toutes les enseignes posées ne figure pas les coordonnées de pano boutique, mais les miennes. Y compris sur les décos véhicules. J'eu pas mal de retombées parce que je proposais des enseignes originales. Pano boutique en parallèle m'amenais des clients qui voulaient des créas de logos sur mesure. Ce genre d'enseigniste ont des cliparts en stock pour toutes les catégories de métier, et les vendent des prix ridicules ou les donnent. Quand tu arrives derrière avec des prix à 390 Ht, c'est carrément compliqué de vendre. Alors je développai une gamme de prêt-à-porter que je vendais plusieurs fois à 150 HT non libre de droit.
Je fus content d'avoir développé ces business parallèles parce que mon commercial du début disparu vers d'autres cieux. C'est à ce moment que je mis en tête d'ouvrir une agence avec vitrine en plein centre-ville. Ca devrait me rapporter des clients sans commercial. J'ouvris donc mon agence actuelle. Cela fait 9 ans aujourd'hui. A l'époque je m'étais mis en tête de faire des illustrations pour les particuliers notamment pour des faire-parts. Je rencontrai un reprographe avec qui je négociai un prix pour les sorties couleurs...Le business n'était pas inintéressant, mais le particulier chiant à travailler. J'ai fait ça 2 ans et j'ai laissé tombé. En plus il y a une certaine perte de crédibilité à mon sens de proposer des services à la fois aux pros et à la fois aux particuliers.
Je décidai de contacter des BTS force de vente pour me faire connaitre. Je mis une annonce dans dans ces établissements supérieurs pour des stages, et je vous raconte pas le nombre de demandes de stages que je reçu. Je sélectionnais les meilleurs après des tests de vente à l'arrache du style : vous sortez, vous frappez à la porte, et vous me vendez des montres swatch ... vous avez vite fait de vous rendre compte du potentiel des uns et des autres. Ensuite je préparai un questionnaire que je remis à mes vendeurs stagiaires prospecteurs. Du type : 1- connaissez-vous les services de l'illustrateur; 2- avez-vous des besoins en communication du type carte de visite... ; 3 - souhaitez-vous que l'illustrateur vous fasse une offre sans engagement afin de comparer avec votre prestataire actuel ? ... bref 5 à 10 minutes maxi dans tous les commerces de la ville, et je leur demandais de me ramener les questionnaires tamponnés par les commerces pour être sûr qu'ils faisaient bien le taff. Ils avaient une commission de 10% sur toutes les commandes. Certains stagiaires se révèlèrent super forts et me ramenèrent des clients que j'ai toujours.
Ma visibilité au centre-ville me ramena et me ramène toujours des nouveaux clients. Je n'ai plus besoin de stagiaire. D'avoir choisi un nom ultra basique tel que "l'illustrateur" fait que l'on vient me voir quand on a besoin d'une com illustrée ou en BD. Une grosse association de commerçant "les vitrines de reims" est rapidement venu me voir et de grosses entreprises également. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Mais au bout de trois ou quatre ans de présence, on gagne en crédibilité. J'ai arrêté les stagiaires, mais des commerciaux free-lance sont venus me voir et je fais leur maquette à petits prix. ça leur laisse des marges confortables pour gagner leur vie sur mes créas. Par exemple je leur fait des logos pour 200 euros HT. Je passe pas beaucoup de temps dessus, 5 minutes tout au plus, vu que je pioche dans ma réserve conséquente de logos proposés sur wilogo. J'ai 3 commerciaux free-lance. L'un qui est spécialisé dans les brochures de comité d'entreprise, l'un qui est spécialisé dans des bons de commandes autocopiant pour transporteur, l'un qui est spécialisé dans les enseignes et visuels grands formats. Wilogo me sert à me constituer des stocks non négligeables de logos pour mes demandes en direct ou pour les commerciaux au coup par coup.
Je me suis également allié avec un partenaire web très important sur reims. Il m'a développé une structure identique pour tous mes sites. Je fais du site web prêt-à-porter à 990 HT. J'ai juste à charger 5 images : le bandeau sup, le pied de page, le coeur du site, le visuel de contact, le bouton des rubriques...et je forme le client pour 190 HT pour lui apprendre à gérer les contenus et envoyer des letters news. En vérité il s'avère bien souvent par la suite que les clients n'ont pas le temps de gérer leur site, ou ont tout simplement oublié comment on fait... Alors à coup de 50 euros par-ci et par-là, j'envoie leur letter news, je change les photos de leur site.... L'hébergement est assuré par mon partenaire qui me commande parfois des illustrations pour ses propres clients.
Au niveau du print beaucoup de graphiste ne veulent pas s'emmerder avec ça... Il y a des imprimeurs en ligne qui propose des tarfs attractifs pour revendeurs : exaprint.fr par exemple. J'ai pas mal de clients pour lesquels j'imprime carte de visite, carte de fidélité, menus... C'est à chaque fois des gains faciles juste pour envoyer un mail chez l'imprimeur.Mon chiffre d'affaire est donc composé de multiples petites ressources. Si je perds un commercial, je m'en fous, si je perds wilogo, je m'en tape, .... aucun client n'atteint 10% de mon CA, et cela me semble très important. Aucun client ne peut me dire, c'est comme ça et pas autrement sinon je me casse.... ou alors il se verrait répondre : casse-toi ! C'est le gage de la liberté en free-lance. Globalement sur ces années mon CA à fluctué entre 90 000 et 120 000 HT. La part de création correspondant entre 50 000 HT et 90 000 HT. Aujourd'hui je ne m'emmerde plus avec la fabrication des enseignes par exemple. Ceci est vraiment à la porté de n'importe quel graphiste compétent.
Concernant mon budget pub, je le consacre uniquement à inviter mes clients au restaurant le midi. J'invite des clients 2 fois par semaine, ce qui est un budget conséquent, mais le retour sur investissement en vaut la peine. Et au final ça coûte moins cher qu'une pub inutile dans les pages jaunes.
Je n'ai pas écrit ça pour me faire mousser... je m'en branle, je crois juste que ça peut donner des idées à certains qui veulent améliorer leur CA.
Vos coms, sont les bienvenus. Moi je reste très intéressé par les expériences des uns et des autres... N'hésitez pas à m'en parler
;)